Avec le soutien de BNP Paribas – qui en est le mécène et membre d'honneur –, la Royal Academy of Arts de Londres présente une exposition célébrant l'évolution de la sculpture britannique depuis le début du vingtième siècle.
Jacob Epstein, Henri Gaudier-Brzeska et Eric Gill, trois sculpteurs d'exception réunis par la Royal Academy ont marqué la décennie 1905-1915. L'exposition présente plus de quatre-vingt-dix leurs œuvres, sculptures, dessins et pastels pour l'essentiel, à travers des espaces dédiés à chacun. Parmi les œuvres spectaculaires figurent le Rock Drill d'Epstein, le révolutionnaire Birds Erect de Gaudier-Brzeska et la sculpture controversée de Gill, Ecstasy.
Le titre de cette exposition, « Wild thing » (sauvage), s'inspire de la forte impression laissée par Henri Gaudier-Brzeska au poète américain Ezra Pound lors de leur première rencontre en 1913. Sauvage, c'est aussi le terme qui convient pour définir l'esprit de rébellion fougueux et audacieux qui animait les jeunes Jacob Epstein et Eric Gill.
Les origines de ces trois artistes ne pouvaient guère être plus disparates. Epstein était un Juif de New York, Gaudier le fils d'un menuisier d'Orléans et Gill le fils d'un ecclésiastique de Brighton. Mais dans le bouillonnement créatif qui s'est amorcé avant la Première guerre mondiale, tous trois ont fortement contribué à la naissance de la sculpture moderne britannique. « Sauvage », c'est également ce qui guidait leur révolution, celle qui remettait en cause l'art classique. Il fallait trouver l'inspiration dans ce que Gaudier appelait avec rage « les peuples barbares de la terre - pour qui nous éprouvons compassion et admiration ».
C'est en 1905 que Jacob Epstein débarque à Londres. Déterminé à « sauver la sculpture de la tombe », Il se lie aussitôt d'amitié avec Gill. Attachés au travail de la pierre, les deux artistes ont pour quête commune le retour aux origines préhistoriques de l'expression sculpturale. Ils nourrissent en outre une obsession pour les thèmes de la virilité, la fertilité et la procréation. Ce qui ne manque pas de choquer leur public (Gill dira d'Epstein qu'il est
« fou de sexe »). En 1911, Gaudier-Brzeska quitte la France pour Londres ; c'est à la faveur d'une visite à l'atelier d'Epstein qu'il découvre The Powerful Tomb d'Oscar Wilde. Il devient rapidement un sculpteur talentueux et produit en moins de quatre années une œuvre remarquable, qui prendra fin sur les champs de bataille en 1915, alors qu'il n'a que vingt-trois ans.
Cette exposition sans précédent explore le travail exécuté dans ses moindres détails par les trois sculpteurs, et reprend les grands thèmes qui ont jalonné leur vie, à savoir le sexe, la fertilité, la condition humaine, l'ère de la machine et la guerre. Les œuvres sélectionnées portent en elles la vague de révolution qui a eu lieu à Londres à cette période ; elles montrent également le monde tel qu'il était à l'aube du vingtième siècle.
Royal Academy of Arts de Londres, exposition “Wild thing : Epstein, Gaudier-Brzeska, Gill”, du 24 octobre 2009 au 24 janvier 2010